Le vote latino, un mythe, vraiment ?

1 Crédit photo : http://tildenoticias.com/2015/12/22/el-valor-del-voto-latino-en-estados-unidos/

Le vote libéral latino comme étant capable à lui seul de contrer le vote républicain est un « mythe médiatique », affirmait Rafael Jacob, spécialiste du système électoral américain à la Chaire Raoul Dandurant, lors d’une conférence de presse avec des étudiants en journalisme de l’Université de Montréal. La minorité latina représente près de 20 % de la population états-unienne, selon le Bureau de Recensement États-Unien. La croyance veut que la croissance rapide de cette population donne plus de poids au vote ethnique de cette minorité.

Or, l’électorat latino compte pour environ 10% de l’électorat à chaque présidentielle. D’autre part, le poids plume du vote latino de l’électorat se concentre dans le « bloc de ciment » républicain du Sud, si bien que « même vingt pour cent d’un électorat latino votant ne feraient pas la différence », soutient M. Jacob. La perception, relayée par les médias, que le vote latino pourrait peser dans la balance électorale serait donc anecdotique. Notamment, selon lui, parce que l’électorat latino est bien plus éclectique qu’il n’y paraît. Les votes latinos se répartissent entre différentes communautés latino-américaines dont les intérêts sont susceptibles de diverger. En outre, le mot « latino », auquel on préfère désormais le terme d’ »hispanique », « ne veut rien dire », affirme Jacob.

 

Latinos ou hispaniques ?

Rafael Jacob n’aime pas le mot latino « parce que c’est réducteur et trompeur… ça englobe les gens de descendance cubaine et ceux de descendance mexicaine, alors que les différences entre les deux sont considérables. » C’est en réalité la terminologie qu’il dispute plus que la constatation elle-même, mais les latinos eux-mêmes, s’il ne se réfèrent pas comme latino en Amérique latine, font référence à cette identité élargie presque affective une fois sur le sol Américain. Après tout, le latino-américanisme, c’était le rêve de Che Guevara.

Avant le début de la campagne électorale, les médias s’attendaient à ce que les latinos miment le mythe de solidarité identitaire qui leur colle à la peau en votant davantage pour des candidats hispaniques. Dans la course à la maison blanche, Marco Rubio, républicain d’ascendance cubaine, n’obtient pas les faveurs des communautés originaires d’Amérique latine. Interrogeant les gens dans la rue, un vox pop de CNN a révélé que la plus part des latinos d’origine mexicaine ne se sentent pas solidaires de Marco Rubio : « Il est cubain, je suis mexicain« , affirme un homme accoudé au bar d’un café. À tel point que Donald Trump est passé devant l’autre républicain Cruz, lui aussi d’ascendance cubaine un nombre important de fois durant la première moitié de la campagne. Quant à Cruz, porte-parole politique évangéliste, il compte plus sur l’électorat évangéliste latino que sur le vote latino à lui seul, bien que les évangélistes représentent une part importante de cette communauté.

« Les latinos s’accordent sur le fait que Cruz et Rubio sont hispaniques ; mais ils seront probablement en désaccord sur le fait qu’ils sont latinos. Les hispaniques sont unis par l’espagnol ; les latinos sont unis par la culture », analyse le commentateur Mark Macias. À titre d’illustration, les Brésiliens peuvent être « latinos », mais ils ne sont bien entendu pas « hispaniques ». Entre nations cubaine et mexicaine, non seulement la toile de fond culturelle est différente, mais leur rivalité est aussi attisée par le fait que les cubains sont implantés depuis longtemps sur le continent. Dès lors, le « vote latino », c’est surtout le vote des voisins mexicains.

En outre, les cubains de l’époque qui ont vécu un communisme oppressif ne sont pas prêts à remettre le couvert. Parallèlement, les valeurs issues de ce communisme conservateur les rapprochent de la philosophie politique républicaine. À cela s’ajoute l’aliénation culturelle de certains latino-américains vis-à-vis de leur identité communautaire, qu’ils renient en raison de la stigmatisation socioéconomique qui existe derrière le mot « latino ». Aux États-Unis, les mexicains souffrent toujours de discrimination migratoire bien qu’ils représentent les deux tiers de la population latin0-américaine. À ce sujet, l’hostilité mexicaine est grandissante depuis que l’embargo américain sur Cuba a été levé et que des hordes d’émigrés cubains sont en train de traverser la frontière états-unienne.

Une identité panaméricaine commune

5Crédit Photo : https://intothecore.com/tag/latino/

Le fait de caractériser le vote ethnique comme l’expression politique d’une communauté de destin ne veut pas pour autant dire qu’on caricature cette communauté, ni qu’on ne reconnaît pas les clivages qui la sous-tendent.

La thèse de la non-pertinence du vote latino semble naître du fait que plus du tiers de cette population est mineure et qu’une large proportion de ses membres ne sont pas des ressortissants américains. Mais le passage à l’âge adulte de cette autre moitié de l’électorat de jeunes latinos qui ont, ou auront eu, le droit de vote cette année, pourrait tout faire basculer. Plus remarquable encore peut-être, le fait que l’électorat cubain est en train de changer de couleur électorale, grâce à la jeunesse et à la récente migration cubaine, venus donner un nouveau souffle à cette vieille communauté d’exilés.

Selon le Professeur en Sciences Sociales Arturo Santa Cruz, de l’Université de Guadalajara au Mexique, « les hispaniques ont une identité commune« . En effet, « un facteur déterminant dans la cohésion des latinos aux Etats-Unis est la langue. Le langage partagé a contribué ainsi à ce que les hispaniques possèdent une certaine conscience de groupe ». »Les communautés latinas ont canalisé le sentiment du manque de reconnaissance en une participation politique accrue focalisée à en finir avec cet état des choses », affirme-t-il. « Et tant et aussi longtemps que ces électeurs hispaniques demeureront statistiquement plus pauvres, moins éduqués et concentrés dans les centres urbains, il y a fort à parier qu’ils continueront à voter pour les Démocrates », confirme le spécialiste Rafael Jacob.

« Ainsi donc, le sentiment de solidarité décrit entre les hispaniques se réfère à une identité ‘pan-ethnique’ », explique cet expert latino.

 

Le métissage des milléniaux latinos

4.pngCrédit Photo : http://www.thedp.com/article/2015/04/slu-celebrates-25-year-anniversary

De son métissage mexicain, Mercedez Holtry clame « que oui, je suis un mélange de choses. Mais ce que je ne suis pas c’est une putain de crise identitaire. Une sorte d’expérimentation chimique. Ce que l’ignorance de l’Amérique assume de qui je suis, ce que je ressens, comment j’agis. Ma personne m’appartient. Mon identité m’appartient. Mon sang m’appartient, et je serai damnée si qui que ce soit appelle mon sang autre chose que magnifique. »

« L’accent de ma mère est une boussole obstinée qui pointe toujours dans direction de la maison », slam Denice Frohman, dont la biographie souligne les origines « multiculturelles ». « Je ne serai pas facilement ‘traduit’ parce que je suis toujours vénézolan », déclame Jose Soto.

Ce ne sont pas que les médias états-uniens qui se complaisent à manier l’amalgame lexical qui permet de vulgariser, au risque d’essentialiser, les minorités ethniques, mais tout le système. « Je ne peux pas me cocher dans une case« , fait remarquer Mayde del Valle, en référence à la la classification identitaire exigée sur tous les documents administratifs des Etats-Unis.

Selon Santa Cruz, les latinos considèrent leur catégorisation ethnique comme « une cohorte de personnes de diverses origines nationales, races incluses, qui partagent des traits culturels. Indépendamment de la définition officielle, les hispaniques se perçoivent de plus en plus souvent en terme de race du point de vue culturel, pas physique », cite le chercheur en sciences sociales.

Mais les latinos sont-ils aussi solidaires aux urnes que dans la vie ?

 

Aux urnes, citoyens ! 

2Crédit Photo : http://i2.esmas.com/2012/11/05/442444/latinos-en-eu-619×348.jpg

Ainsi fleurissent une multitude d’associations hispaniques qui encouragent ses citoyens à prendre les armes en exerçant le droit de vote.

Aussi bien Cruz que Trump, ont parlé de la construction d’un mur sur la frontière mexicaine pour empêcher le flot d’émigrés en provenance d’Amérique du Sud de passer clandestinement en zone états-unienne, ce qui a précipité les demandeurs d’asile hispaniques à réclamer le droit de vote, et poussé les citoyens latinos à se précipiter aux urnes.

À l’heure qu’il est, on parle même d’une fronde de démocrates latinos tentant de faire barrage à la machine Trump.

Dès lors, en ce contexte électoral de 2016, que les médias qualifient d’insolite dans l’histoire électorale américaine, avec la montée en flèche simultanée des extrêmes de l’aile gauche pour Bernie Sanders ou droite pour Donald Trump, le poids du vote latino est-il toujours un mythe ?

 

De quelle couleur est le vote latino de 2016 ?

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Selon une enquête réalisée pour Univision Noticias 98% des hispaniques envisagent en premier le volet économique dans leur choix d’un candidat. Ce qui explique peut-être le fait que les hispaniques républicains soutiennent Trump au-dessus des candidats Rubio ou Cruz. Ce qui explique peut-être surtout le soutien croissant des latinos démocrates à Sanders, contre Clinton, qui a su adresser les inquiétudes économiques d’une « minorité visible ». « Si je suis dehors, et personne ne sait qui je suis, la première chose qu’ils penseront est ‘ce type est latino’ ou ‘ce type est blanc, mais un peu différent.’ Si tu n’aimes pas les latinos, cela colorera la manière dont tu me vois. J’ai eu ça plusieurs fois simplement basé sur mon nom », confie Juan Alvarado, un dominicain de confession musulmane, qui prévoit voter pour le juif hyper-démocrate Bernie, aux prochaines élections en Pennsylvanie ce 26 avril 2016. Cependant, comme le prouvent des sondages menés aux urnes auprès des électeurs démocrates du Texas lors de la primaire tenue en mars, Clinton gagne le vote de la minorité « latino » depuis le début des primaires, rappelle M. Rafael Jacob. Minorité qui se qualifie non sans cynisme d’administrativement « invisible » à cause du nombre de ses compatriotes sans citoyenneté.

Envers et contre tous, les américains d’origine hispanique démontrent largement que « el voto latino » n’est pas un mythe. Et que La couleur du vote latino cette année plus que jamais est d’un brillant bleu démocrate. Ainsi, la réserve émise sur l’impact du vote latino se dissipe à mesure qu’approche la date fatidique des élections finales qui auront lieu le 8 novembre prochain.

 

Karell Rabin.

 

 

 

Le George Bush Mexicain

Crédit photo : http://www.cbsnews.com/news/midterm-election-2014-george-p-wins-texas-election-accomplishes-bush-family-first/

 

Grand-papa Bush appelait gentiment sa portée de petits-enfants « les petits Bush bruns « . George, neveu de George W. Bush, se fait désormais appelé George P. Bush dans un clin d’œil symbolique de la continuité et pérennité politique du clan Bush à la Maison Blanche.

Né le 24 avril 1976 au Texas, George Prescott Bush, fils du déchu candidat à la présidentielle américaine de 2016 Jeb Bush et d’une mère mexicaine, Columba Garnica Gallo, fille d’un travailleur immigré, naturalisée américaine en 1979. En l’an 2000, Bush neveu avait fait campagne pour son tonton auprès de l’électorat hispanique. Son oncle George W., en fier texan qui se respecte, fait d’ailleurs affaire avec des mexicains de part et d’autre de la frontière.

Ancien enseignant devenu avocat, le  » chicano  » est actuellement Commissaire des Terres du Texas depuis 2015, et entend bien s’illustrer en politique comme ses illustres ascendants et pourquoi pas, se présenter à la présidence à la prochaine présidentielle en 2020. Il endosse actuellement le candidat conservateur Texan d’origine cubaine, Ted Cruz, comme le reste de la famille Bush.

Celui qui porte le poids de la dynastie Bush sur les épaules s’identifie au 40ème président des États-Unis et proche de la famille, Ronald Reagan, démocrate devenu républicain, qui aurait lancé la phrase : « Les latinos sont républicains; ils ne le savent juste pas encore. « 

Après un président noir, l’espoir d’une femme présidente, aura-t-on aussi un président latino en 2020 ?

Quoiqu’il en soit, la relève de l’oligarchie Bush semble assurée avec  » baby bush  » !

 

Crédit photo : http://www.dailymail.co.uk/news/article-2573553/Babys-ballot-George-P-Bush-votes-son-Prescott-easily-wins-Republican-nomination-political-seat.html

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Karell Rabin.

Je veux des Canadiennes au Centre Bell

Anne-Hélène Mai

Il y a un mois, j’allais pour la première fois assister à un match des Canadiens au Centre Bell. Diable, que c’était bon !

Caroline Ouellette et Marie-Philip Poulin, des Canadiennes de Montréal - source : La Presse

Caroline Ouellette et Marie-Philip Poulin, des Canadiennes de Montréal – source : La Presse

 

Une ambiance de fête, de pogo-ketchup et de flanelle, sur des estrades combles malgré la prévisible énième défaite que le tricolore allait nous offrir. Des petits partisans surexcités ouvraient grand leurs yeux pour ne rien manquer du spectacle, qui était d’ailleurs agrémenté de concours comiques et interludes musicaux punchés pour que personne n’ait le temps de s’ennuyer.

Tout était fait pour que l’atmosphère soit des plus familiales. Des annonces à répétition encourageaient les parents et leurs jeunes à s’inscrire au Fan Club des Canadiens. Filles comme garçons, les bouilles les plus craquantes de l’auditoire étaient « spottées » et montrées au grand écran tout le long de la « game ».

À les voir jouer en direct devant moi, j’ai été beaucoup plus emballée que je ne l’avais jamais été sur l’écran de ma télé de voir défiler nos vedettes. Il m’a toujours été difficile de m’attacher aux joueurs et de ne pas être indifférente aux échanges entre équipes au fil des saisons. Ce n’est pas faute d’apprécier le jeu et ses subtilités, jusqu’à en perdre le sommeil à l’approche de la coupe Stanley.

À bien y penser, mon attention est bien souvent plus facilement portée vers les personnalités femmes. Vers les journalistes femmes. Vers des politiques femmes. Vers les actrices femmes. La liste pourrait être longue, et ce parfaitement malgré moi. Quelle discrimination involontaire !

C’est pourtant bien le cas. Ce n’est pas pour rien que l’on somme de montrer aux fillettes des femmes carriéristes.

Sans vouloir devenir hockeyeuse professionnelle, j’ai à cœur de suivre l’actualité de notre équipe municipale. Sauf que voilà, je me reconnaîtrais davantage dans des joueuses femmes.

Assise sur le banc 108 du rang F, je me suis donc demandé pourquoi donc nous n’entendions jamais parler des joueuses professionnelles. Elles s’appellent les Canadiennes de Montréal depuis 2015, grâce à un partenariat avec le CH qui leur a permis d’attirer plus de commandites. Car c’est uniquement de cela que vit la Ligue canadienne de hockey féminin.

Un budget annuel de 1,7 million

« C’est moins que le salaire moyen d’un joueur de la Ligue Nationale de Hockey, pour entretenir cinq équipes et 125 des meilleures athlètes au monde! » expliquait la directrice générale des Canadiennes de Montréal à Noémie Mercier lors d’une entrevue pour L’actualité. Plusieurs membres des Canadiennes ont été médaillées olympiques ainsi que championnes du monde à plusieurs reprises.

Malgré tout, les joueuses de la LCHF payent presque toutes pour pratiquer leur sport, et se voient dans l’obligation de travailler à temps plein à côté. Même la directrice générale Meg Hewings avoue être travailleuse à la pige pour boucler les fins de mois. « Si chaque joueur de la LNH versait 1000 dollars, on pourrait payer les salaires de toutes les joueuses du circuit » ajoute-t-elle.

Une critique récurrente des équipes féminines est leur niveau, réputé inférieur à celui de leurs congénères masculins : les parties sont moins dynamiques, la technique est moins acérée. Le fait que les joueuses ne s’entraînent que deux fois par semaine à cause du boulot et ne jouent que 24 matchs par saison peut être un début d’explication.

Il y a aussi que leur parcours s’arrête au niveau Midget, à 17 ans, et qu’il n’existe pas de Ligue de hockey junior majeur pour elles. Pour continuer à s’entraîner et compétitionner, elles doivent intégrer les équipes universitaires. Contrairement aux joueurs masculins, la majorité des joueuses féminines ont un diplôme d’études supérieures!

Mais au Canada, les équipes universitaires ne sont pas autant répandues qu’aux États-Unis, où les infrastructures et bourses offertes doivent être équivalentes pour les deux sexes selon la loi américaine (Title IX of the Education Amendments of 1972).

D’après son expérience, Meg Hewings affirme que les équipes féminines ont moins de temps d’accès aux patinoires et moins de poids dans les associations. Les filles n’ont d’autre choix que d’évoluer dans un milieu masculin, ce qui décourage nombre d’entre elles.

Ce manque à gagner de popularité appuie l’argument de non-rentabilité d’une ligue féminine. Les Canadiennes de Montréal jouent à domicile à l’aréna Étienne-Desmarteau, et ne comptent pas plus de 300 spectateurs par match en moyenne. L’effet spectacle est moins au rendez-vous qu’au Centre Bell, mettons.

C’est un cercle vicieux duquel la LCHF tente de s’échapper. Chacune des équipes de la ligue, à Calgary, Toronto, Brampton, Boston et Montréal établit des liens avec son homologue masculin, dans l’objectif de parvenir à payer les joueuses d’ici 2017.

La rentabilité viendra au long terme, à mesure que le show entourant la coupe Clarkson (équivalent de la coupe Stanley) gagnera l’attention de son public, moi la première ! Il me tarde que le sport se conjugue au féminin, que nos héros soient héroïnes.

Plus que tout, j’attends de pied ferme la série « Hockey husbands« , un sujet très prometteur.

En attendant, la LNH brasse des milliards à la journée longue et n’a pas l’intention de partager. L’attaquante Canadienne Marie-Philip Poulin est appelée la Crosby du hockey féminin : il ne lui manque plus qu’à gagner 12 millions par année pour être son égal !

La politique sur nos écrans

Par Rose Carine Henriquez

En février dernier, la série animée The Simpsons a décidé de mettre son grain de sel dans les élections américaines avec leur épisode intitulé The debateful eight. Clin d’œil au dernier film de Tarantino, The hateful eight. Huit candidats à la présidence américaine sont montrés en train de chanter How sweet is it to be loved by you de James Taylor avant de commencer à se battre et à s’insulter.

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Adressée aux plus de 16 ans, cette série semble intemporelle tant elle garde un pied dans l’actualité sur laquelle elle jette un regard mordant et rempli d’autodérision. On le sait bien, la guerre règne dans les couloirs sombres de la politique. Une guerre constituée d’attaques en dessous de la ceinture dans lesquelles les républicains, plus particulièrement le candidat Donald Trump, ne se donne plus aucune limite. Ces insultes ne sont pas fictives et ont pris tant d’ampleur que le président sortant Barack Obama a tenté un rappel à l’ordre, il y a quelques mois.

Revenons à la série qui n’a plus à prouver sa popularité et à ceux qui la regardent : des adolescents, des jeunes adultes, des futurs électeurs. Son matériau est la réalité, rien n’est inventé. Cela devient encore plus réel lorsqu’il s’agit de discours publics, filmés, retransmis et les tirs groupés sur Twitter. La télévision reste un média très influent dans l’éducation et certains diront, dans la formation d’une pensée critique.

Au delà de l’école, pour identifier et comprendre les différents niveaux de pouvoir, l’observation d’une des différentes étapes d’une élection favorise l’apprentissage des valeurs civiques. L’image de la politique passe avant tout par les candidats eux-même et que penser lorsque ceux-ci ressemblent à des enfants qui se chamaillent pour savoir qui sera le prochain roi de la cour de récréation.

Pour de jeunes esprits, cela doit être déstabilisant de voir des enjeux de société disparaitre sous le manque de civilité. Aussi, c’est leur intérêt pour la politique et leur engagement futur qui risquent d’en pâtir. La désillusion nait de cette impression que tout le système n’est qu’une farce.

Quand la fortune n’est plus synonyme de chance.

Par Pierre-Yves Robert

La démocratisation des paris politiques aux États-Unis pourrait avoir des répercussions à même de transformer le processus démocratique. Et c’est le monde du sport qui nous en avertit, plus particulièrement via l’industrie du « fantasy sport ».

Le fantasy sport, forme de jeu en ligne non-réglementé par le gouvernement fédéral américain, représente en 2016 un commerce où les mises totalisent plusieurs milliards de dollars. Son principe est simple : on y construit une équipe virtuelle, composée de vrais athlètes, et les statistiques individuelles des joueurs choisis s’accumulent pour ainsi former le résultat de notre équipe.

Jusqu’ici, rien de bien embêtant. On croirait même parler d’un simple pool, activité fétiche des plus grands sportifs de salon. Pourtant, le monde du fantasy sport se retrouve depuis l’automne au cœur d’une tempête, alors que les deux plus grandes entreprises américaines de ce milieu, DraftKings et FanDuel, ont été contraintes de publier maintes déclarations et communiqués défendant l’intégrité de leurs modèles d’affaires. Le sujet est tellement chaud que le New York Times en a fait l’objet d’un large dossier publié récemment.

Ainsi, en octobre dernier, les premières allégations de tricherie ont commencées à fuser. Des employés de ces deux entreprises sont soupçonnés d’avoir placé des paris en utilisant des informations privilégiées et autrement non-disponibles au grand public. L’un des employés visés, un gestionnaire de contenu pour DraftKings, aurait d’ailleurs gagné une camelote de 350,000$ US quelques jours seulement avant l’annonce de ces allégations. Les services des sites DraftKings et FanDuel ont également été interrompus il y a moins d’un mois dans l’État de New York par le procureur général de l’État, M. Eric Schneiderman, suite à des accusations de tenues de paris illégaux. Rappelons que l’État de New York représente l’un des principaux marchés du pari sportif aux États-Unis.

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Les logos des entreprises DraftKings et FanDuel.

Et la politique, dans tout ça ? Il semblerait bien qu’elle soit sensible aux mêmes dangers récemment exposés par M. Schneiderman. Comme nous l’avons vu récemment, différentes plateformes accueillent désormais des paris politiques en ligne, comme le site PredictIt par exemple. Cependant, PredictIt permet à ceux possédant des informations privilégiées (et autrement non-disponibles au grand public) de placer des paris en toute légalité. On s’approche dangereusement des remises en cause avancées par M. Schneiderman face au fantasy sport

D’ailleurs, dans la foulée du « fantasygate », un reporter du média américain Politico, Gabriel Debendetti, a eu comme premier réflexe d’associer ces dangers à la démocratisation des paris politiques. De son côté, PredictIt se défend d’utiliser uniquement son site pour des raisons de recherche et d’éducation. Mais la vraie question n’est pas tant dans les raisons d’offrir une plateforme, mais bien de savoir si une information privilégiée et connue d’un employé d’un site de paris pourrait être utilisée pour gagner une mise… ou une élection.

Car il existe une grande différence entre la tricherie organisée d’un résultat et l’échange d’informations privilégiées sur un événement. Convaincre une équipe sportive ou un membre d’un parti politique à perdre volontairement peut sembler difficile. Il apparaît cependant beaucoup plus facile d’avoir à sa disposition des renseignements importants que personne d’autre ne possèderait. Et quand plusieurs milliards de dollars reposent sur ces renseignements importants, il n’est plus question de chance dans ces paris – on est alors directement dans la fortune.

« Feel the Bern », même ailleurs

Par Rose Carine Henriquez

Bernie Sanders, âgé de 30 ans. Crédit Photo: The New York Times

Bernie Sanders, âgé de 30 ans. Crédit Photo: The New York Times

Bernie Sanders ne le sait sans doute pas, mais l’imaginaire populaire l’a doté d’une armure en argent, d’une épée langagière et d’une croisade progressiste. On parle d’une révolution politique à laquelle adhèrent même les plus désenchantés. Le sénateur du Vermont fait figure de guerrier, qu’il le veuille ou non et sa campagne se nourrit principalement de colère.

Opposant flegmatique face à la droite, le candidat démocrate de 74 ans n’a pas peur d’ébranler l’etablishment avec ses idées : gratuité de l’éducation et des soins de santé, augmentation du salaire minimum des impôts chez les riches et la réforme du paysage politique américain. Autour de lui, des étudiants, des syndicats de base, des intellectuels et des groupes communautaires. Avec sa campagne financée par des dons et une équipe très douée en marketing, plus personne n’ignore qui est ce bonhomme aux cheveux blancs qui ne sourit presque jamais lorsqu’il est en débat.

Dans les années 60, en pleine vingtaine, il faisait déjà sa révolution à l’Université de Chicago en se battant contre les inégalités raciales dans la ligue de la jeunesse socialiste. Les points de son programme de campagne n’ont pas germé subitement, mais sont le fruit d’un militantisme politique cohérent. L’intello qui avait le nez dans ses livres est le même vieux bourru qui charme aujourd’hui les moins de 30 ans. D’après ses amis, ce charme non plus ne date pas d’hier. Les discours éloquents, il s’y connait.

Qu’il gagne ou non l’investiture démocrate, qu’il rentre ou non à la maison blanche, la trace que laissera l’homme perdurera t-elle au delà de ces quelques mois ? Du côté du Québec, a-t-on déjà vu la jeunesse s’éprendre d’un homme politique de cette manière? Sûrement pas par les temps qui courent. Bernie Sanders propose la gratuité scolaire et une meilleure qualité de l’éducation, ce qui rappelle les revendications d’un certain printemps érable. C’était il y a seulement quatre ans.

Entre coupures de budgets et de services, augmentation des taxes scolaires et le manque d’investissement en éducation supérieure, on n’a ne cesse d’espérer notre Bernie Sanders, car le manque de vision en éducation au Québec est devenu une évidence. On reproche à Bernie Sanders de manquer de réalisme dans ses promesses, mais on a l’impression qu’il est le seul à se soucier d’une génération entière.

La goutte de lait qui fait déborder le vase

Par Alizée Calza

Avec les accords économiques prévus dans ces prochaines années, les producteurs de lait se sentent « trahis », affirme Christine Champagne, propriétaire d’une ferme laitière québécoise. Selon ses dires, le gouvernement ne les soutiendrait pas assez et vendrait des parts de leur marché sans leur demander leur avis…

            « On s’est donné un système de Gestion de l’Offre pour ne, justement, pas dépendre de l’Etat » affirme-t-elle avec véhémence. « On ne veut pas faire de la surproduction pour aller faire du dumping dans les autres pays. Le gouvernement, lui, s’est engagé à contrôler les frontières ». Derrière ses paroles, je comprends un reproche acide.

            Grande habituée des théories du complot, j’ai pris son affirmation avec des gants blancs, des pincettes et toutes les précautions les plus extrêmes que demande ce genre de situation. Pas que je pensais qu’elle affabulait, mais son reproche me semblait un peu fort. Une agricultrice face à tout un gouvernement, ça ne pèse tout de même pas lourd dans la balance.

            Mais l’enquête se révélait palpitante, un « complot » gouvernemental contre une pauvre citoyenne en détresse, de quoi éveiller mon âme de journaliste/super-héroïne. Il fallait que je découvre si ce qu’elle affirmait était vrai. Je savais déjà que le gouvernement canadien avait cédé 3,25% du marché laitier canadien lors des négociations du Partenariat Transpacifique. Une petite part d’un marché, somme toute bien particulier, pour un grand accord de libre-échange qui représente 40% de l’économie mondiale. Est-ce vraiment si problématique ? Le gouvernement canadien a-t-il vraiment lésé les producteurs de lait du Québec comme me l’affirmait Christine Champagne ?

            Ma cape de défenseur de la justice se prenant dans ma chaise de bureau d’une triste banalité, je saisis mon plus beau téléphone et appelai le relationniste de presse des fermes laitières du Québec, François Dumontier. Contrairement à ce que je pensais, il acceptait la réalité du futur accord : « notre organisation ne s’est jamais opposée à des accords de libre-échange ni à celui-là en particulier ». Cependant, il qualifia les concessions faites par le gouvernement d’« inacceptables ». Il m’expliqua qu’étant sous Gestion de l’Offre, les producteurs de lait s’attendaient à ce que le gouvernement les protège.

À coups de clavier bien placés, évitant les projectiles des sites d’informations bidons et avec l’aide de François Dumontier, je trouvais un dossier de presse de l’association des producteurs de lait du Québec sur la Gestion de l’Offre :

Les producteurs de lait canadiens « ont besoin que le marché canadien soit protégé pour éviter que les pays exportateurs, qui subventionnent lourdement leurs producteurs ou qui jouissent de conditions climatiques impossibles à concurrencer, de règles moins exigeantes et d’une main-d’œuvre bon marché, ne viennent envahir leur marché ».

Mmmh… les pays exportateurs comme… les États-unis ? La Nouvelle-Zélande ? L’Australie ? Eh ! Mais tous ces pays sont dans l’accord TransPacifique ?! Quelle gentillesse de la part du gouvernement de leur léguer une part du marché qu’il est censé protéger. Comment ça se passe ? C’est comme dans l’Antiquité ? Il suffit d’égorger un mouton pour que les dieux soient cléments avec nous ? Ainsi, sacrifions quelques-uns de nos producteurs pour que le panthéon américain (le pays qui préside l’accord) soit heureux ?

Mais ça ne s’arrête pas là, il y a encore le futur accord TransAtlantique. Pourquoi ne pas donner encore une part du marché laitier aux Européens ? Cela n’est pas si énorme, pour les deux accords l’évaluation faite par les producteurs de lait du Québec n’est que de 400 millions de dollars par année ! Puis, si les agriculteurs n’ont plus de quoi se nourrir, ils pourront toujours se sustenter de leurs vaches devenues inutiles !

Cependant, le gouvernement canadien prend tout de même son rôle de protecteur à cœur, il a prévu un programme de garantie de revenu qui est de 2,4 milliards de dollars sur une période de 15 ans. Après quelques calculs, les producteurs de lait ont estimé que ça allait couvrir environ 11 mille dollars en moyenne par ferme laitière par année, m’a affirmé le relationniste de presse. Les pertes annuelles, après la ratification des deux accords, sont évaluées à 19 mille dollars, un peu moins du double. C’est un peu comme boucher un trou dans un jean avec une moitié de doigt : ça cache l’essentiel, mais ça ne règle pas vraiment le problème.

Et au bout de 15 ans, me demanderez-vous. Que se passera-t-il quand il n’y aura plus de garanties de revenu ? Bah… 15 ans… Ça laisse largement le temps aux producteurs laitiers en faillite le temps de se trouve une autre job !