Mon ordinateur le fait pour moi

Par Siham Lebiad

L’apprentissage peut différer selon les âges, les capacités, mais surtout les conditions physiques et mentales. Cependant, il représente un vrai défi pour les personnes faisant face à des obstacles de communications. Après tout, à l’école, la communication est clé.

Dans quelques écoles des commissions scolaires québécoises, on retrouve des classes ‘Langage’, où sont réunis des élèves avec différents troubles de la communication. Les enfants dysphasiques constituent une grande proportion de ces classes Langage. La dysphasie peut toucher l’expression, la communication, ou les deux en même temps.

Théodore, 13 ans, fait partie de cette catégorie. Son cas, plus spécial encore, limite ses capacités de lire et d’écrire. Il doit alors avoir recours à des logiciels spécialisés qui l’aident à accomplir les tâches requises par ses enseignantes.

‘Il fait des efforts, et il a souvent envie de faire comme ses camarades en écrivant lui-même ses réponses, mais on est obligé de l’encourager à utiliser son ordinateur, ça lui facilite la tâche’, déclare son enseignante.

Ces classes particulières, souvent appelées classe d’adaptation scolaires, bénéficient de plusieurs avantages, tels qu’un nombre réduit d’élèves, plusieurs enseignantes encadrantes, et une multitude de projets très diversifiés, mis en place pour mettre les élèves en contact avec la réalité du monde qui les attend.

On peut faire plusieurs reproches aux percées des technologies, mais elles restent indispensables dans le cas d’élèves comme Théodore. Ainsi, de nombreux logiciels sont développés pour leur venir en aide.

On retrouve alors des logiciels de reconnaissance et synthèses vocales, qui permettent à l’élève de mettre par écrit ce qu’il pense et veut écrire. Des outils communs sont aussi disponibles tels que les correcteur d’orthographe et de grammaire, qui représente pour la plupart d’entre nous, un outil complémentaire, mais qui prennent un tout autre sens en la présence d’élève dysphasiques : leur utilisation est presque obligatoire.

La technologie, dans ces cas est allée un peu plus loin, il existe maintenant des logiciel de prédiction de mots. Pour Théodore, cet outil serait très efficace. Son défi principal est de trouver les mots pour exprimer sa pensée, ce qu’on remarque rapidement au fil d’une discussion. L’expression de ses pensées le met même, des fois, dans l’embarras de devoir arrêter de parler, sûrement par frustration.

Ceci n’est en rien un indicateur de ses capacités intellectuelles : ‘Il a une mémoire d’éléphant!’ confie son enseignante avec beaucoup de fierté. Pourtant, l’avenir n’est pas aussi prometteur pour lui que pour ses camarades des classes régulières. Les perspectives sont très limitées, et se résument à quelques métiers qui ne requièrent pas beaucoup d’efforts de communication et de coordination.

Plusieurs débats tiennent lieu quotidiennement au sujet de l’introduction d’outils de hautes technologies dans l’enseignement québécois, et de la place qu’ils prennent de plus en plus. Plusieurs responsables ne souhaitent pas voir les cours dispensés de cette façon. L’enseignement traditionnel est défendu par plusieurs, mais ceci n’empêche pas les commissions scolaire et le ministère de l’éducation d’investir dans les outils nécessaires au développement d’élèves spéciaux.

Ainsi, Théodore, contrairement à ses camarades, a remplacé son stylo par son clavier, et peut maintenant suivre le déroulement du cours sans trop de perturbations.

 

 

 

C’est prouvé scientifiquement, alors pourquoi ne pas méditer ?

Par Laura-Maria Martinez

Quatre mille cent soixante, c’est le nombre d’articles scientifiques qui apparait en lançant  une recherche avec le terme « mindfulness [méditation pleine conscience] » sur PubMed, le principal moteur de recherche d’articles de biologie et de médecine. Autrement dit, depuis les années 1980, ce sont des milliers d’études qui ont été menées sur les effets de la méditation pleine conscience sur la santé, le cerveau, ou encore le vieillissement de l’homme.

Selon un article du psychiatre français Christophe André, paru dans le magazine Cerveau & Psycho en 2010, un nombre élevé de ces études sont scientifiquement valides : comparaisons avec des groupes de non-méditants, évaluation avant et après les séances de méditation pleine conscience, sélection et répartition aléatoire des participants dans les différents groupes testés, etc.

Rappel sur une méthode d’entraînement mental simple et laïque

La mindfulness est une méditation laïque, c’est-à-dire qu’elle est accessible à tous et à toutes et quel que soit sa religion, explique le professeur et psychologue Hugues Cormier à l’origine des ateliers de méditation « présence attentionnée » de la série « Temps d’arrêt » de l’Université de Montréal. C’est une méthode d’entraînement mental simple, dont l’initiation nécessite peu de temps : huit semaines pour le programme typique de Mindfulness Based Stress Reduction (MBSR) ou Réduction du stress basée sur la pleine conscience. Ce programme a été développé par le psychologue américain, Jon Kabat-Zinn, le premier scientifique à avoir codifié et occidentalisé la pleine conscience, et dont s’inspire la série « Temps d’arrêt », ajoute le Prof. Cormier.

Pour Jon Kabat-Zinn, « c’était une manière de synthétiser toutes les techniques de méditation qu’il pensait être utile pour arriver à gérer le stress, notamment les pratiques de concentration de pleine conscience, assis ou en marchant [inspirées des pratiques de méditation orientale], ainsi que des exercices de yoga et des exercices d’intéroception [perception des sensations internes] », raconte le neuroscientifique, Antoine Lutz, lors d’une conférence à la cité des sciences de Paris en juin 2013.

« Le mindfulness ce n’est pas juste bon, c’est puissant, s’exclame le prof. Cormier. Ce n’est pas juste une espèce de conviction religieuse. Il y a plus de 1000 articles par année qui sont écrits sur le MBSR huit semaines, des essais cliniques dans toutes sortes de domaines », s’exclame le prof. Cormier.

Notre cerveau d’adulte peut encore grandir

Après huit semaines de méditation pleine conscience, l’équipe du Dr. Sara Lazar de Harvard a découvert que certaines régions du cerveau, dont celles impliquées dans la mémoire, l’apprentissage et les émotions, avaient augmenté de volume. Cette étude, publiée en 2011 dans le journal Psychiatry Research : Neuroimaging, a comparé le volume de matière grise, soit la densité de neurones, des cerveaux de 16 nouveau méditants après huit semaines de méditation MBSR avec les cerveaux de 17 non méditants. Alors que la densité de matière grise a augmenté dans l’hippocampe, une région impliquée dans l’apprentissage, la mémoire, la conscience de soi, l’empathie et l’introspection, chez les nouveaux méditants, leur amygdale, impliquée dans l’anxiété et le stress, a diminué. Cette étude, déjà été citée dans 1096 nouveaux articles scientifiques sur le sujet et dont l’auteure principale est la Dr. Britta Hölzel, démontre que la méditation pleine conscience augmente la capacité à se concentrer et mémoriser, tout en diminuant le stress et l’anxiété après seulement huit semaines de méditation pleine conscience.

Prescription : antidépresseur ou huit semaines de méditation pleine conscience

L’équipe du Dr. Zindel Sehal de l’Université de Toronto a démontré en 2010 le rôle de la méditation pleine conscience dans la prévention des rechutes chez les personnes dépressives. Un groupe de 84 patients dépressifs ont d’abord été traité par un antidépresseur standard, ce qui a interrompu leur dépression. Ces patients ont ensuite été séparés en trois groupes : un groupe suivant la formation pleine conscience de huit semaines appelée mindfulness-based cognitive therapy (MBCT) ou thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, un groupe prenant un antidépresseur standard et un groupe placebo. Les chercheurs ont observés que la probabilité de rechute en dépression des méditants fut la même que pour ceux ayant pris un antidépresseur, et dans les deux cas cette probabilité fut inferieur à celle du groupe placebo. Les résultats de cette étude, publiée dans the Archives of General Psychiatry, démontrent ainsi que la méditation pleine conscience joue le même rôle qu’un antidépresseur.

Prouvée scientifiquement … Et intégrée dans les hôpitaux !

« Ces techniques sont maintenant utilisées en clinique dans de très nombreux domaines, la dépression, les troubles de l’humeur en général, les troubles du stress. C’est très utilisé aussi comme traitement complémentaire pour les douleurs chroniques. Et ça commence à être utilisé pour les troubles de l’addiction », explique le Dr. Lutz.

Évidemment, les scientifiques restent clairs sur le fait que la méditation pleine conscience n’est pas une solution miracle, que des périodes difficiles, même pour les méditants de longue date, peuvent surgir, comme l’explique le professeur de psychologie clinique à l’université d’Oxford, Mark Williams, dans son livre paru en 2011 « Méditer pour ne plus stresser ».

Le prof. Cormier est d’accord avec le prof. Williams, cependant il se demande : « Est-ce que la fait de porter attention délibérément sur l’instant présent, d’essayer le moment tel qu’il est, sans vouloir le changer, et si l’esprit se met à vagabonder de le ramener doucement, gentiment sur l’instant présent, est-ce que cet exercice-là pourrait être délétère, négatif ? Moi je dirais non. »

Une prédisposition au stress post-traumatique ?

Par Rémi de Marassé

Certains journalistes de guerre seraient génétiquement plus vulnérables que d’autres. Pour le neuropsychiatre Anthony Feinstein, le génome pourrait être un facteur d’influence sur le développement de problèmes psychologiques tel que le stress post-traumatique (PTSD).

Parmi les possibles facteurs de vulnérabilité, pour la plupart encore inconnus, le Dr Feinstein considère l’étude du génome comme une piste à explorer.

Lors de notre entrevue téléphonique, le neuropsychiatre a avancé qu’une telle étude permettrait de comprendre pourquoi seule une minorité de journalistes de guerre développent certains troubles psychologiques, en particulier le PTSD : « Peut importe la situation de crise, que ce soit en Syrie ou au Kenya ou au Mexique, partout où j’ai pu travailler, à chaque fois il y a une minorité qui développe ces problèmes ».

Cela nous permettrait de comprendre pourquoi, par exemple, le photojournaliste sud-africain João Silva, bien qu’il ait frôlé la mort en marchant sur une mine antipersonnel en Afghanistan, ne présente aucun signe de PTSD ou autre trouble psychologique. Ou alors nous permettrait d’expliquer pourquoi le stress post-traumatique a été diagnostiqué chez la journaliste américaine Mac McClelland, alors qu’elle n’a été « que témoin » d’un viol en Haïti.

Des chercheurs ont déjà tenté de répondre à la fameuse question « pourquoi certains développent le PTSD et pas d’autres ». Une étude de 2013 de l’Université de Columbia, et de l’Université de l’État de New York est arrivée à la conclusion que l’historique familial avait un rôle à jouer dans le développement de troubles psychologiques.

Une recherche qui esquisse le rôle des gênes dans le développement du stress post-traumatique, mais qui, au moment où j’écris, ne prouve pas encore l’existence d’un lien de cause à effet entre l’ADN et le PTSD.

Camion de bouffe : le secret de la carte idéale

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© Grumman78

Par Basile Moratille

Imaginer un menu gagnant pour ton camion de bouffe, ça peut paraître simple. Peut-être même que ton concept initial sera parti de là : « je veux faire des pâtes, des hot-dogs ou des boulettes… ». C’est bien joli de vouloir faire des boulettes. Encore faut-il savoir où tu vas aller te fournir en viande et autres ingrédients de qualité, quelles recettes tu vas proposer, avec quoi tu vas les servir, comment tu vas les présenter. Sans oublier un élément de taille : comment tu vas ménager la fluidité du service depuis ton camion.

Toutes ces questions te donnent la migraine ? Pas de panique, ma loute ! Un mot, un seul suffit pour répondre à toutes : *monoproduit*. Les camions qui veulent trop en faire avec des menus à rallonge, ceux qui te proposent 18 variétés de plats, ou bien 6 variétés et 15 accompagnements, ça ne marche pas. On ne sait plus ce qu’ils font. Trop de boulettes et les gens glissent dessus, tombent, se font mal et clopinent jusqu’au camion d’après.

Le monoproduit a des tas d’avantages. Pour commencer, il est facile à contrôler. C’est moins de risques de pertes, des commandes plus rapides, des formules type « trio » plus simples à sortir. Sur un déjeuner, un camion a 1h30 pour vendre. La file doit bouger et le meilleur moyen d’y arriver, c’est un menu court et précis qui ne laisse pas le temps à tes clients de trop gamberger sur ce qu’ils veulent « Sauce aux noix de Grenobles ou sauce au bleu de Montebello ? C’est trop duuuur… ».

Prends le camion à pizza « 900 », au hasard. Un camion vitré au complet, magnifique. À l’intérieur, un four à pizza napolitain au propane ou au bois, c’est au choix. Ce camion-là a tout compris. Une carte à 5 pizzas au menu lorsqu’il stationne en ville, abaissée à 3 lors des événements de type *1ers Vendredis*, qui brassent des milliers de badauds. Sais-tu combien de temps ça prend à ces braves gens pour te sortir une pizza au feu de bois ? 90 secondes, voilà combien. Ils ne font que ça. Crois-tu qu’ils arriveraient à te sortir une pizza en 1 minute et 30 secondes s’ils proposaient 10 variétés de pizzas, 2 de calzones et 5 de pâtes ? Tu connais la réponse et je ne te ferai pas l’affront de te la dire ici.

Mais le véritable tour de magie, c’est Gaëlle Cerf qui nous le dévoile – et la maman du Grumman ’78 sait de quoi elle parle. La botte secrète est d’avoir non pas un mais… *deux* menus. Oui, tu lis bien. À ton premier menu public affiché en devanture de ton bahut, prépare en cachette un second menu, traiteur cette fois, à proposer en prestation privée. Une carte plus large qui va laisser ta fibre créative s’exprimer à plein. Et le mieux dans tout ça ? C’est que ce n’est pas seulement bon pour ton égo mais aussi pour ton porte-monnaie. Parce que la vérité crue, c’est que si tu n’as que ton camion et ta petite cuisine de production, il y a de fortes chances que tu n’aies pas d’autres choix que faire du mariage, du gala et de l’anniversaire pour espérer rentrer dans tes frais. Le traiteur, c’est d’ailleurs tellement plus rentable que rester planté là, dans la rue, que certains restaurateurs ont récemment décidé de recentrer leur business autour de cette seule activité.

C’est le cas de Pas d’Cochon Dans Mon Salon, par exemple. Après avoir rendu le tablier de sa licence municipale, synonyme d’accès aux emplacements dédiés en ville, voilà que l’équipe vient de fermer son immense espace de la rue Dandurrand, à Montréal. Objectif : mieux se consacrer au service de traiteur et aux gros événements. Et il n’est pas le seul, au point que certains se demandent si on n’assisterait pas à la naissance d’une nouvelle tendance, d’un modèle économique parallèle pour ces camions. Mais ça, c’est une autre histoire.

L’hypnose est-elle dangereuse ?

Par Emilie STERN

 

La semaine dernière nous avons tenté de comprendre le fonctionnement de l’hypnothérapie. La technique semble être un bon moyen d’aider des clients motivés à régler des problèmes précis. Mais est-elle sans danger ?

 

Sans même commencer à parler des peurs et dangers liés au contrôle ou à la manipulation, ce qui m’a le plus interpelée dans mes recherches, est le cas d’Elsa.

Tout comme Julie [dans le billet de la semaine dernière], Elsa décide d’essayer l’hypnose afin d’apprendre à gérer son stresse. Tout comme Julie, Elsa est en début de vingtaine, et elle commence sa carrière en marketing. Tout comme Julie, Elsa est paralysée par son stress, ce qui rend sa recherche de stages et emplois peu productive. Tout comme Julie, Elsa est parvenue, grâce à l’hypnose, à apprendre à se relaxer et à être moins stressée. Toutefois, contrairement à Julie, Elsa ne garde pas qu’un souvenir positif de l’expérience.

En effet, Elsa a fait cinq séances avec un hypnothérapeute en France. Elle ne regrette pas l’hypnothérapie, mais l’expérience fut très lourde pour elle : « C’était stressant, au début surtout. Très dur. J’étais en larmes dès le début de l’hypnose » explique-t-elle. Très rapidement, elle et son hypnothérapeute se sont rendus compte qu’elle avait un problème plus enfouis, plus profond. Pendant son état hypnotique, Elsa a réalisé beaucoup de choses. Des traumatismes d’enfance ont refait surface, et sans réussir à bien les nommer, elle a vite pris conscience que son angoisse était beaucoup plus complexe que simplement le stress de sa carrière. Elle m’a expliquée que pendant les séances, l’hypnothérapeute lui faisait faire beaucoup d’exercices sous hypnose afin d’en découvrir plus, de l’aider à comprendre ce qui se passait au fond d’elle. Par exemple elle a fait un jeu de rôle ou elle jouait son propre rôle mais enfant. Après les cinq séances, l’expérience touchait à sa fin.

« Du coup on est passés à l’autre problème mais c’était pas un truc que tu règles par l’hypnose, c’est trop profond. J’ai sorti pleins de trucs, pleins d’émotions, et lâché mes barrières. Mais une fois les 5 séances finies, pouf, plus rien. Juste moi et tout ce que j’avais lâché. »

Elle se sentait perdue, vulnérable, et sans outils pour régler ces nouveaux problèmes. L’hypnose lui a permis de se découvrir, d’avoir des pistes pour mieux se connaitre et se comprendre. Cependant, elle n’a eu aucun soutien psychologique supplémentaire. À la fin des cinq séances, son hypnothérapeute lui a dit qu’elle pouvait le recontacter dans le futur pour d’autres séances mais que son problème était réglé. Néanmoins, pour Elsa ce n’était pas le cas. L’hypnose ne lui a permis que de découvrir plus de problèmes qu’elle doit maintenant essayer de définir et régler seule.

À la suite de ce témoignage, j’ai réalisé que les dangers de l’hypnose n’étaient peut-être pas tant la possibilité d’être manipulé, que le manque de suivi psychologique ou thérapeutique. Sous hypnose, une personne peut réaliser beaucoup de choses mais, sans l’aide nécessaire, se retrouve seule et vulnérable. Elsa a depuis commencé une thérapie traditionnelle.

 

Les travaux du Dr. Jacob Harry Conn peuvent faire penser que l’hypnose devrait nécessiter les mêmes règlementations que la thérapie traditionnelle. Le Dr Conn est un psychiatre, éducateur, et hypnotiseur. Il a obtenu son doctorat de médicine en 1929 à l’université médicale de Maryland et fut président de la Société de l’Hypnose Clinique et Expérimentale ainsi que de l’Association des Psychiatres Privés du Maryland. Dans un article intitulé Is Hypnosis really dangerous ? paru en 1972 dans le Journal International de l’Hypnose Clinique et Expérimentale, le Dr Conn explique, en s’appuyant sur des données historiques, expérimentales et cliniques, qu’il n’y a aucun danger spécifique associé avec l’hypnose mais que les vrais dangers sont ceux qui accompagnent toute relation thérapeutique.  * Ainsi, il semblerait important que l’hypnose bénéficie du même suivi et de la même professionnalisation que la psychothérapie conventionnelle.

De plus, Erika Fromm met en garde contre l’usage de l’hypnose par des thérapeutes mal formés. Erika Fromm est l’un des pionniers de l’hypnothérapie et l’auteur de nombreuses recherches concernant les bienfaits, dangers et usages de l’hypnose en thérapie. Elle fut l’éditrice de deux journaux scientifiques sur l’hypnose clinique et expérimentale. Elle fut aussi présidente de nombreuses associations psychologiques comme, par exemple, la division sur l’hypnose de l’Association Américaine de Psychologie. Dans un article paru en 1980 dans le journal Psychotherapy: Theory, Research & Practice, Erika Fromm explique que l’hypnose peut être dangereuse si elle détruit les défenses du patient trop rapidement. En effet, elle explique que contrairement à la psycho-analyse traditionnelle, l’hypnose permet au patient de prendre contact avec son inconscient plus rapidement et plus profondément, ce qui peut le mener à faire face à un inconscient enfoui qu’il n’est pas prêt à gérer. Elle ajoute qu’en état hypnotique, le patient est moins vigilant et moins capable de se défendre contre les questions ou suggestions du thérapeute. Erika conclut que cette vulnérabilité de l’état hypnotique peut être dangereuse si le patient fait face à un hypnotiseur incompétent ou mal formé, qui ne saura pas aider son patient à prendre conscience de choses enfouies à un rythme acceptable et seulement lorsqu’il est psychologiquement prêt. *

Ainsi, l’hypnose est peut-être dangereuse dans le sens où elle est peu réglementée, qu’une formation d’hypnotiseur n’est pas forcément une formation de thérapeute, et qu’il existe peu de recherches quant aux effets de la prise de conscience de son inconscient en dehors d’une thérapie traditionnelle.

 

La semaine prochaine je vais interroger une hypnothérapeute sur ce problème de suivi psychologique. Je vais aussi la questionner afin de mieux comprendre comment fonctionne concrètement l’hypnothérapie. Enfin, je vais m’intéresser aux autres dangers liés à l’hypnose, comme la manipulation souvent observées dans l’hypnose de spectacle, et essayer de répondre à la question suivant : L’hypnose thérapeutique et l’hypnose de spectacle sont-elles la même chose ?

 

 

 

* Les citations originales :

« There are no significant or specific dangers associated with hypnosis per se. The actual dangers are those which accompany every psychotherapeutic relationship. »

–  Jacob H. Conn (1972) Is hypnosis really dangerous?, International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, Vol20(2), 61-79.

« [in hypnotherapy, a] patient makes contact with the unconscious more rapidly and more deeply than in waking therapies, the hypnotherapist is in the both advantageous and perilous position of being
able to uncover deeply unconscious defenses even when the patient is by no means ready to
face the unconscious wish yet or to give up the defense against it
»

« It is also a state of decreased vigilance and a decreased ability to defend oneself against demands made by the therapist. This vulnerability involves dangers if a patient is in the hands of a poorly trained, incompetent or unscrupulous therapist who may abuse hypnosis. »

–  Erika Fromm (1980) Values in hypnotherapy, Psychotherapy: Theory, Research & Practice, Vol 17(4), 425-430.

Travailler dans l’ombre

Expertise

Par Gabrielle Tremblay

Afin d’écrire un article sur l’anxiété de performance au cégep, j’ai eu la chance de rencontrer deux aides pédagogiques du cégep Jean-de-Brébeuf ainsi qu’une doctorante en psychologie de l’Université du Québec à Montréal. Ces trois femmes m’ont impressionnée par leur maîtrise des enjeux entourant la santé mentale et leur désir d’améliorer le sort des étudiants anxieux.

Les aides pédagogiques individuelles, ou APIs comme les étudiants les appellent, sont les intervenantes de première ligne qui doivent faire preuve de sang froid lorsque les étudiants les approchent.

Référés par des amis inquiets, par des professeurs dépassés par la situation, les étudiants qui se présentent dans les bureaux de Patricia Leduc, API pour les programmes de sciences humaines et de sciences de la nature, sont souvent aux prises avec des symptômes anxieux. Celle-ci indique devoir moduler leurs attentes face à l’université et dédramatiser l’impact de leurs notes sur leur futur.

Peu importe l’étudiant visé, il est certain que des composantes familiales sont importantes à comprendre, m’indiquent les APIs. Que ce soit des étudiants dont les parents ont très bien réussi financièrement ou des immigrants de première génération, ils vivent de grandes pressions pour performer de manière distinguée.

Karine Aubut, API spécialisée en étudiants présentant un handicap,  se renseigne constamment sur les recherches effectuées et rencontre fréquemment des spécialistes du milieu. Parmi les spécialistes de la question se trouve Cynthia Lamarre, doctorante en psychologie et co-rédactrice du guide ZenÉtudes, destiné aux intervenants du collégial qui ont affaire à des étudiants présentant des symptômes de santé mentale.

Cette dernière distingue les différentes composantes de l’anxiété: voir de petits événements comme des montagnes, ruminer, avoir du mal à fonctionner normalement… Tous ces éléments me sont familiers, étant moi même affectée d’un trouble anxieux généralisé, mais de les entendre décrits si « académiquement » donne le sentiment que plusieurs doivent vivre les mêmes choses que moi.

Dédramatiser la situation, c’est ce que ces femmes doivent faire au quotidien. Expliquer aux étudiants qu’ils ne sont pas les premiers ni les derniers à sentir le poids du monde sur leurs épaules, à voir l’échec comme un drame insurmontable. Et pourtant, c’est justement là-dessus qu’ils doivent travailler, par des trucs développés ou transmis par ces expertes aux jeunes.

Leur travail est essentiel, mais il est fait très discrètement – même au sein des collèges. Les APIs sont débordées de demandes, cependant le sujet demeure tabou, les étudiants ne voulant pas que leurs collègues sachent qu’ils ont demandé de l’aide.

Le combat de l’anxiété au collégial ne se fera pas sans une réduction du tabou entourant les troubles de santé mentale. C’est là-dessus que ces trois expertes travaillent quotidiennement, un étudiant à la fois, un travail académique à la fois, et bien souvent, dans l’ombre.

 

Communiquer pour mieux gérer son avenir

Les élèves souffrant de dysphasie, un trouble lié à la communication, sont limités dans leurs perspectives de carrières. Cependant, tant qu’ils sont à l’école, plusieurs efforts sont mis en œuvre afin de les préparer à l’avenir qui les attend.

Besoins spéciaux, moyens spéciaux. Ils sont encadrés par plusieurs professeurs et impliqués dans plusieurs projets dont le but premier est de leur apprendre à interagir avec les autres et à s’engager dans des activités journalières.

Le projet Second Life, en collaboration avec l’entreprise qui porte le même nom et qui se spécialise dans la vente des produits en fin de vie : fruit légumes et autres, est une de ces mesures. Ce projet a été mis en place pour donner l’occasion à ceux qui veulent y participer de vendre des fruits et légumes au personnel de l’école, ce qui leur permet de travailler leurs capacités de communication et aussi de calcul.

Une fois par semaine, les élèves sont livrés à eux-mêmes pour prendre les commandes des personnes qui veulent acheter les produits Second Life : ils commencent par identifier la personne, noter sa commande, en calculer le prix et percevoir l’argent de la commande, avant de placer leur petite touche environnementale en exigeant que chaque personne ramène son propre sac réutilisable.

La semaine suivante, place à l’organisation des paniers commandés. Les élèves, sous la supervision de leur enseignante, récupèrent la marchandise dans le camion de livraison et la ramènent dans la salle réservée pour le projet. Ensuite commence l’emballage. Contraints à vérifier l’exactitude des commandes qu’ils traitent, ils lisent les bons de commande, assemblent les produits dans les sacs de chaque personnes et les placent en file pour les livrer dans l’ordre établi : une tâche qui peut paraître simple mais qui représente pour eux un défi.

Ces élèves, qui souffrent de dysphasie, ne suivront pas le même chemin que leurs camarades des classes régulières. Ils passeront trois ans dans des classes de langage d’une école secondaire, qui serviront la seule mission de les préparer à leur intégration dans un établissement de formation professionnelle et technique. Donc, par l’entremise de plusieurs projets, ils ont l’occasion de se mettre dans la peau de la personne qu’ils veulent devenir, de quoi les inspirer dans leurs projets futurs.

Siham Lebiad